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Conference papers

Entre bas et haut fourneau. L’utilisation de la minette de Lorraine au Moyen Age : une parfaite adéquation avec la technique du bas fourneau

Résumé : L'affirmation que la production du fer repose, jusqu'à une période relativement récente située aux prémices de la Révolution Industrielle, sur l'utilisation de minerais riches en fer est une constante dans la littérature historique et technique. Cette perception du progrès technique est particulièrement ancrée en Lorraine. Elle est liée à la découverte au milieu du XIXe s. du volumineux gisement de minerai de fer sédimentaire des côtes de Moselle 1 , dont l'exploitation à grande échelle à partir des années 1870-1880 a généré le développement tout au long du XX e s. d'une puissante industrie sidérurgique, d'une toute autre dimension que ce qui avait pu exister auparavant 2. C'est justement cette différence d'échelle qui a longtemps entretenu l'image d'une coupure nette entre deux temps radicalement distincts du développement de la sidérurgie lorraine. La phase industrielle récente de l'exploitation de la minette était opposée à une sidérurgie plus archaïque, celle de l'utilisation des minerais de surface, comme le fer-fort du Pays-Haut 3 , dans les bas fourneaux primitifs et dans des hauts fourneaux au bois jusqu'au milieu du XIX e s. Cette croyance était d'autant plus répandue que des éléments techniques semblaient rendre l'utilisation ancienne de la minette improbable :-en premier lieu, sa teneur très moyenne en fer (inférieure à 40%), du fait d'une gangue très riche en chaux (jusqu'à 15-20%), en silice et en alumine, ne soutenait pas la comparaison avec des minerais de surface beaucoup plus riches et d'accessibilité a priori plus facile ;-en second lieu, la forte teneur en phosphore (pouvant atteindre 2 à 3%), qui posait des difficultés en sidérurgie indirecte en rendant la fonte de moulage trop cassante, était considérée comme un problème rédhibitoire pour les époques les plus anciennes. Ces problèmes techniques étaient encore accrus au milieu du XIX e s., le phosphore contenu dans la fonte agressant fortement les parois des convertisseurs ; ils ne trouveront leur solution qu'au début de la décennie 1880 par la mise au point de nouveaux procédés d'élimination du phosphore (procédé Gilchrist-Thomas). Aussi, il était facile de conclure que les métallurgistes des époques plus anciennes confrontés à des problèmes insurmontables pour eux n'avaient pu en tirer au plus qu'un fer de médiocre qualité (Histoire du fer 1977). Pourtant, la découverte et l'étude, en 1984, d'un imposant centre de production du fer datés des VIII e-X e s., à proximité de Nancy, révélait pour la première fois, avec certitude, l'utilisation de la 1 Minerai d'origine sédimentaire marine mis en place à la transition entre Jurassique inférieur et moyen, il y a environ 180 MA, en bordure continentale. Une couche de plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur s'étend en affleurements continus sur plus d'une centaine de kilomètres, du nord au sud de la région, le long de la cuesta bajocienne (les côtes de Moselle). Il est qualifié péjorativement de minette en raison d'une teneur en fer très moyenne (30 à 40% en moyenne). Les oxydes de fer sont contenus dans un ciment calcaire, riche en phosphore, provenant des organismes marins fossilisés au moment du dépôt. 2 Le gisement a été considéré comme l'un des plus vastes du monde et les réserves estimées encore en 1960 à 6 milliards de tonnes (Histoire du Fer 1977 : 20) ; en 1914, la production lorraine de minerai de fer atteint 20 à 25% de la production mondiale, au deuxième rang derrière les Etats-Unis. 3 Ce minerai de nature différente se rencontre en larges gîtes en surface des mêmes plateaux calcaires. Il remplit de grandes poches en forme d'entonnoir, prolongées par un réseau de cavités karstiques, qu'il a vraisemblablement comblé au cours de l'ère tertiaire. Ces gîtes sont facilement accessibles par travaux de surface. Il se présente en grains et rognons, parfois en blocs de plusieurs kg, emballés dans des argiles rouges ou jaunes. Il présente une composition essentiellement silico-alumineuse, avec moins de 1% de chaux, et nettement plus riche en fer, en moyenne entre 50 et 60 %. Il ne contient pas de phosphore. Pour ces raisons, le minerai de fer-fort a toujours été considéré comme plus attractif pour la sidérurgie ancienne, d'autant que son exploitation est assurée par des textes au moins à partir du XVI e s.
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Contributor : Cécile Le Carlier de Veslud <>
Submitted on : Sunday, April 26, 2020 - 3:08:59 PM
Last modification on : Tuesday, April 28, 2020 - 1:14:08 AM

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article Lorraine MEP2007.pdf
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  • HAL Id : hal-02359362, version 1

Citation

Marc Leroy, Cécile Le Carlier de Veslud, Paul Merluzzo. Entre bas et haut fourneau. L’utilisation de la minette de Lorraine au Moyen Age : une parfaite adéquation avec la technique du bas fourneau. Congrès International d’Archéologie Médiévale et Moderne, 2007, Paris, France. ⟨hal-02359362⟩

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